Le X final

Pourquoi faut-il écrire des genoux mais des cous, des pieux mais des pneus, des landaus mais des bocaux ?

La règle

Les x muets en fin de mots sont transformés en s.

L’étude

La démarche qui a mené à cette règle, son analyse et son énoncé précis sont décrits dans le dictionnaire de l’orthographe rationalisée du français (version papier), qui lui-même rassemble les études Érofa individuelles, dont Le X final (version papier).

Pourquoi cette règle

Changer des x en s rend le français plus régulier et donc plus apprenable :

    • Les apprenants mémoriseront « en français, on fait un pluriel avec un s en fin de mot (sauf s’il termine par s/x/z) ». Actuellement, x et s sont tous deux marques du pluriel, et il faut donc apprendre qu’on écrit bijoux mais bisous, jeux mais pneus, noyaux mais landaus, sans logique. Vous appliquez les règles arbitraires de l’orthographe classique spontanément. Mais imaginez que vous appreniez une langue étrangère où le pluriel marcherait comme ça… serait-ce aussi facile ?

    • Le d muet dans grand répond à une logique en le rapprochant de grande, grandir, grandeur, etc. Cependant, les x muets ont l’effet inverse en séparant les mots de leurs familles. Un apprenant a plus de chance de correctement créer ou mémoriser des féminins ou d’autres mots dérivés des familles de mots lorsque le mot de base se termine par un s au lieu d’un x. Par exemple, heureus/heureuse/heureusement est plus logique qu’avec heureux, et pareil avec pais/paisible/apaiser, épous/épouse/épouser, chois/choisir, rous/rousse/rousseur, faus/fausse/faussement/fausser/falsifier.

    • La lettre x devient plus prévisible : elle sera quasiment toujours prononcé ks ou gz.

Renforcer le rôle du s comme unique marque du pluriel est également parfaitement dans la continuité de l’histoire du français.

Historiquement, le latin a plusieurs façons de former des pluriels. En français, comme en espagnol ou en portugais (mais pas comme en italien), on a fini par utiliser s comme marque du pluriel. Mais une partie des pluriels en s ont changé à travers l’histoire, avant d’être délibérement rétablis.

Ainsi les pluriels en ez ont été régularisés systématiquement en és (quantitezquantités, costezcôtés), les pluriels avec retrait du t ont été régularisés en 1835 (étudiansétudiants, enfansenfants), et les pluriels en oix changés en ois (loixlois, roixrois). De plus, les rectifications de 1990 ont réaffirmé la construction des pluriels en s pour les mots étrangers (sandwiches sandwichs, scenarii scénarios) et pour les mots composés (un cure-dent des cure-dents).

Par exemple, l’orthographe du mot enfants a évolué ainsi : enfanz puis enfans puis enfants, même si cette dernière étape a suscité un tollé chez les conservateurs en 1835. C’est aujourd’hui un pluriel régulier, mais seulement car les effets de l’histoire ont été délibérément régularisés.

Aujourd’hui personne ne milite pour qu’on écrive de nouveau enfans ou loix. Il en serait de même si les pluriels actuellement en x changeaient en s. À notre tour de poncer les x pour rétablir la logique des pluriels en s.